Guillaume le Conquérant, duc de Normandie et roi d'Angleterre
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Pierre

DERNIÈRE MISE À JOUR : 12 octobre 2026


Au sommaire !

Guillaume le Conquérant fait partie de ces personnages dont le nom nous accompagne depuis les leçons d’histoire. Une date, 1066. Une bataille, Hastings. Et cette longue tapisserie où des hommes embarquent avec leurs chevaux pour traverser la Manche.

Mais un détail m’intéresse particulièrement : au début de cette histoire, on retrouve Bosham, un village du Sussex, près de Chichester.

Eglise de Bosham © French Moments

La copie de la tapisserie de Bayeux affichée dans l'église de Bosham © French Moments

Son nom figure dans la Tapisserie de Bayeux. On y voit Harold, le futur adversaire de Guillaume, arriver avec ses hommes, entrer dans une église, puis partager un repas avant de prendre la mer. L’église de Holy Trinity existe toujours, même si les siècles l’ont transformée.

Voilà une manière assez concrète de se rapprocher du XIe siècle. Une église que l’on peut encore visiter. Un départ en bateau. Et, au bout du voyage, un serment dont les conséquences seront considérables.

Pour comprendre comment un duc normand a fini par se faire couronner à Londres le jour de Noël, il faut toutefois commencer de l’autre côté de la Manche. À Falaise.

Avant Guillaume le Conquérant, un enfant dans un duché dangereux

Guillaume naît vers 1027 ou 1028, à Falaise en Normandie. Son père, Robert le Magnifique, est duc. Sa mère, Herleva, que l’on appelle aussi Arlette, n’est pas mariée à Robert.

Le château de Falaise dans lequel a grandi Guillaume le Conquérant

Le château de Falaise © French Moments

Cette naissance lui vaut le surnom de « Guillaume le Bâtard ». Nous connaissons surtout celui de « Conquérant », autrement plus flatteur, mais il appartient à la suite de l’histoire.

En 1035, Robert meurt au retour d’un pèlerinage à Jérusalem. Guillaume hérite du duché alors qu’il n’a que sept ou huit ans.

Sept ou huit ans. L’âge où l’on dépend encore largement des adultes, et où les adultes qui vous entourent peuvent justement devenir votre principal problème.

Sa minorité est marquée par les rivalités seigneuriales et les assassinats dans son entourage. Il lui faudra des années pour affermir son autorité. La victoire du Val-ès-Dunes, en 1047, avec l’aide du roi Henri Ier de France, constitue une étape importante.

Son mariage avec Mathilde de Flandre renforce ensuite sa position. Lorsqu’il prépare l’invasion de l’Angleterre, Guillaume approche de la quarantaine. Il a déjà appris à commander, à négocier et à survivre dans un monde où les fidélités changent.

Un duc qui parlait français ?

Oui, à condition de préciser ce que l’on entend par là.

Guillaume parle l’ancien normand, une variété de langue d’oïl rattachée à l’ancien français. Rien à voir avec le français standard que nous utilisons aujourd’hui, même si les deux appartiennent à la même histoire linguistique.

Autre précision utile : avant 1066, Guillaume n’est pas roi. Il est duc de Normandie et, à ce titre, vassal du roi de France. La couronne anglaise va ajouter une nouvelle fonction à un personnage déjà puissant.

Un roi sans enfant et plusieurs candidats à sa succession

En Angleterre, Édouard le Confesseur règne depuis 1042. Il a vécu longtemps en Normandie avant de monter sur le trône et conserve des liens avec le duché.

Son problème est simple à formuler : il n’a pas d’enfant.

La réponse à la question « qui lui succédera ? » l’est beaucoup moins.

Selon les sources normandes, Édouard aurait promis la couronne à Guillaume. En Angleterre, Harold Godwinson, comte de Wessex et beau-frère du roi, occupe une position particulièrement forte.

C’est ici que nous retrouvons Bosham. Vers 1064 ou 1065, Harold quitte le Sussex pour le continent.

Bosham © French Moments

Bosham © French Moments

Au cours de ce voyage, il se retrouve auprès de Guillaume et lui prête serment.

La Tapisserie montre ce geste au-dessus de reliquaires. Elle ne nous livre pas le texte de l’engagement. Les récits normands affirment que Harold a promis de soutenir les droits de Guillaume au trône. L’objectif initial du voyage et la portée exacte du serment restent discutés.

Le 5 janvier 1066, Édouard meurt. Selon le récit anglais, il a confié le royaume à Harold sur son lit de mort. Les grands du royaume, réunis dans le Witan, choisissent celui-ci.

Dès le lendemain, Harold est couronné.

Le couronnement du roi Harold II

Le couronnement du roi Harold II

Pour ses partisans, l’Angleterre a un roi légitime. Pour Guillaume, un homme vient de s’emparer d’une couronne promise à un autre, en violant son serment. Deux lectures des événements, avec assez de convictions de chaque côté pour préparer une guerre.

Et un troisième candidat entre en scène : Harald Hardrada, roi de Norvège, qui invoque d’anciens accords successoraux scandinaves. Il s’allie à Tostig, le frère exilé de Harold.

Retenez bien les deux noms : Harold en Angleterre, Harald en Norvège. Les chroniqueurs auraient pu nous faciliter la tâche.

Guillaume le Conquérant prépare sa traversée de la Manche

Revendiquer un royaume est une chose. Y transporter une armée en est une autre.

Au printemps et pendant l’été 1066, Guillaume rassemble des combattants, fait construire des bateaux et réunit les provisions nécessaires. Son armée comprend des Normands, mais aussi des Bretons et des hommes venus d’autres régions du continent.

Les sources normandes lui attribuent également le soutien du pape Alexandre II, matérialisé par l’envoi d’une bannière. Dans un conflit de légitimité, cet appui compte.

Des centaines de navires, avec des chevaux à bord

Les chiffres précis nous échappent. Pour se représenter l’expédition, on peut retenir environ 7 000 à 8 000 combattants, dont peut-être 2 000 à 3 000 cavaliers. Les estimations varient.

Même prudence pour la flotte : English Heritage propose 700 à 1 000 navires. Les 700 à 800 bateaux souvent évoqués constituent donc un ordre de grandeur, pas un comptage effectué au départ du port.

Il faut embarquer les hommes, leurs armes, la nourriture et les chevaux. Ces derniers sont indispensables à la manière de combattre des Normands. Ils prennent de la place, doivent être nourris et ne deviennent pas plus coopératifs parce qu’un duc ambitionne de conquérir l’Angleterre.

La Tapisserie représente ce travail matériel : le bois préparé, les navires construits, les équipements portés à bord et les animaux transportés. La conquête commence aussi avec des charpentiers et des hommes chargés de tonneaux.

La préparation de l'invasion normande

La préparation de l'invasion normande avec la construction des bateaux

Le départ ne se fait pas directement de Normandie

La flotte se rassemble d’abord à l’embouchure de la Dives, près de Dives-sur-Mer. Les conditions retardent la traversée.

Vers le 12 septembre, elle gagne Saint-Valéry-sur-Somme. C’est donc depuis la baie de Somme, en Picardie, que partira l’expédition décisive.

Le 27 septembre, un vent favorable permet enfin de prendre la mer. Le navire de Guillaume, la Mora, est traditionnellement présenté comme un cadeau de Mathilde. La flotte traverse pendant la nuit et débarque à Pevensey le 28 septembre 1066.

Le château en ruines de Pevensey

Le château de Pevensey aujourd'hui © French Moments

Imaginez la côte du Sussex à cet instant : les bateaux approchent, puis les hommes mettent pied à terre et font débarquer les chevaux. Après des mois de préparation, l’armée est en Angleterre.

Guillaume installe une première fortification dans les anciennes défenses romaines de Pevensey, puis établit sa base à Hastings. Les alentours sont pillés. Il doit nourrir ses hommes et assurer sa position ; ces ravages exercent aussi une pression sur Harold. 

1066 et 1944 : deux débarquements, deux échelles

Le rapprochement vient assez naturellement lorsque l’on regarde une carte de la Manche. En 1066, une armée quitte le continent pour gagner l’Angleterre. En 1944, les Alliés font le chemin inverse vers la Normandie.

Les moyens, eux, ont complètement changé.

Tableau de comparaison des deux débarquements de 1066 et 1944

Le total naval de Neptune comprend 1 213 bâtiments de combat, 4 126 navires et engins de débarquement, 736 unités auxiliaires et 864 navires marchands. Il concerne l’opération navale et d’assaut, qui se déroule du 6 au 30 juin 1944. Les quelque 156 000 hommes sont, eux, les effectifs débarqués le 6 juin, troupes aéroportées comprises.

On obtient ainsi environ sept à dix fois plus d’unités navales en 1944, selon l’estimation retenue pour 1066. Cette comparaison donne une échelle ; elle ne rend évidemment pas équivalents un bateau médiéval et un bâtiment de guerre du XXe siècle.

Dans les deux cas, cependant, les commandants doivent composer avec la Manche et la météo.

Harold gagne une bataille avant de repartir vers le sud

Pendant que Guillaume attend son vent, les événements s’accélèrent au nord de l’Angleterre.

Harald Hardrada et Tostig y ont débarqué. Le 20 septembre, ils battent les forces anglaises locales à Fulford, près de York.

Harold remonte rapidement vers le nord. Le 25 septembre, il surprend les envahisseurs à Stamford Bridge et remporte une victoire décisive. Hardrada et Tostig sont tués.

Pour Harold, la menace norvégienne est écartée.

Trois jours plus tard, Guillaume débarque dans le Sussex.

Carte de la Bataille d'Hastings. Domaine public via Wikimedia Commons

Carte de la Bataille d'Hastings. Domaine public via Wikimedia Commons

Harold doit redescendre. Il passe par Londres, rassemble de nouvelles forces, puis gagne le sud. Une partie de ses hommes vient d’enchaîner des déplacements considérables et une bataille.

D’autres rejoignent l’armée en chemin. Il faut donc se garder de représenter toute l’armée anglaise comme une seule colonne ayant effectué exactement le même parcours.

Le 14 octobre, les adversaires se font face. 

À Hastings, Guillaume le Conquérant aurait pu perdre

Première surprise géographique : la bataille ne se déroule pas au cœur de Hastings, mais sur le site de l’actuelle ville de Battle, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest.

Harold occupe une hauteur. Ses hommes combattent à pied et forment un mur de boucliers. Les housecarls, soldats professionnels de son entourage, côtoient les hommes levés pour le service militaire.

En face, Guillaume dispose d’archers, de fantassins et de cavaliers. Les effectifs sont incertains ; les deux armées sont probablement d’un ordre de grandeur comparable.

La position anglaise est forte. Les assaillants doivent monter la pente, puis affronter une ligne de combattants serrés les uns contre les autres.

Les premières attaques ne suffisent pas.

Les cavaliers normands attaquant l'infanterie anglo-saxonne à la Bataille d'Hastings. Tapisserie de Bayeux. Domaine public via Wikimedia Commons

Les cavaliers normands attaquant l'infanterie anglo-saxonne à la Bataille d'Hastings. Tapisserie de Bayeux. Domaine public via Wikimedia Commons

Un casque relevé pour arrêter la panique

Une partie de l’armée de Guillaume recule. Une rumeur se propage : le duc serait mort.

Pour un chef dont l’expédition repose largement sur sa personne, le moment est dangereux. Guillaume relève son casque pour montrer son visage et rallier ses hommes. La Tapisserie de Bayeux représente ce geste.

Des Anglais poursuivent les fuyards en descendant de leur position. Isolés du reste de l’armée, ils sont attaqués et tués.

Selon les récits normands, les hommes de Guillaume utilisent ensuite volontairement des retraites feintes : donner l’impression de fuir, attirer des défenseurs, puis se retourner contre eux. Le déroulement précis de ces manœuvres reste débattu.

Les combats se prolongent presque toute la journée. Cette durée dit quelque chose de la résistance anglaise. Guillaume ne traverse pas simplement le champ de bataille pour venir chercher sa couronne.

Harold a-t-il vraiment reçu une flèche dans l’œil ?

C’est l’une des images les plus connues de l’histoire anglaise. Elle n’est pourtant pas une certitude.

La mort de Harold Godwinson à la bataille d'Hastings (d'après A Chronicle of England, Public Domain via Wikimedia Commons)

La mort de Harold Godwinson à la bataille d'Hastings (d'après A Chronicle of England, Public Domain via Wikimedia Commons)

Dans la Tapisserie de Bayeux, près de l’inscription annonçant la mort de Harold, un homme semble atteint au visage, tandis qu’un autre est frappé par un cavalier. L’identification des personnages et les circonstances exactes de la mort du roi continuent de faire débat chez les historiens.

Harold meurt au cours de la bataille. Ses frères Gyrth et Leofwine périssent également. Privée de ses principaux chefs, l’armée anglaise finit par se disperser.

Guillaume a gagné Hastings.

Londres, toutefois, ne lui a encore rien promis.

Noël 1066, un sacre dans la confusion

Les grands anglais ne se rallient pas tous immédiatement au vainqueur. Certains soutiennent le jeune Edgar Ætheling, issu de la lignée royale anglo-saxonne. Il ne sera jamais couronné.

Guillaume sécurise le sud-est, passe par Douvres et Canterbury, puis contourne Londres. Il franchit la Tamise à Wallingford. Les opérations militaires et les ravages rendent la résistance de plus en plus difficile.

À Berkhamsted, Edgar et plusieurs dirigeants anglais se soumettent.

Le 25 décembre 1066, Guillaume est sacré à l’abbaye de Westminster. Le choix du lieu le rattache à Édouard le Confesseur, dont l’abbaye a été consacrée peu avant sa mort.

Mais la cérémonie ne se déroule pas dans une atmosphère sereine.

Selon les récits transmis, les gardes normands postés à l’extérieur entendent les acclamations et les prennent pour le signe d’une attaque. Ils mettent le feu à des bâtiments voisins. La panique gagne l’assistance et des participants quittent l’église.

Le sacre est achevé dans la confusion. Un chroniqueur décrit même Guillaume tremblant. Il faut garder à ce récit son statut de témoignage médiéval, mais il illustre bien les tensions entourant le nouveau pouvoir.

Guillaume le Conquérant devient Guillaume Ier, roi d’Angleterre. Il reste duc de Normandie : souverain dans son royaume anglais, vassal du roi de France pour son duché.

La Manche sépare désormais les deux parties de ses possessions. Elle va aussi multiplier ses déplacements et ses préoccupations.

Possessions de Guillaume le Conquérant en 1087

Possessions de Guillaume le Conquérant en 1087

Un royaume à tenir, parfois par la terreur

Le couronnement ne met pas fin aux résistances.

Dans les années qui suivent, Guillaume doit affronter des révoltes. La répression atteint une violence particulière dans le nord de l’Angleterre en 1069 et 1070, lors de ce que les Anglais appellent le Harrying of the North.

Les troupes détruisent les récoltes et les ressources alimentaires. Les populations souffrent de la famine. Ces opérations visent à briser les possibilités de résistance en ravageant le pays.

Il serait difficile de raconter les exploits militaires de Guillaume sans s’arrêter sur cette réalité. Pour les habitants concernés, la conquête signifie des pertes, des destructions et la disparition d’un ordre familier.

Les terres changent de mains. Une grande partie de l’aristocratie anglaise est remplacée par des hommes liés au nouveau régime.

Des châteaux s’élèvent : ils abritent les garnisons et rendent le pouvoir visible. À Londres, la Tour Blanche, commencée vers 1078, appartient à cet effort pour contrôler et impressionner. Les grandes églises romanes contribuent également à transformer le paysage.

Guillaume conserve pourtant une partie des structures administratives anglaises. Il prend possession d’un royaume déjà organisé, avec ses comtés, ses agents et ses impôts. 

La Tapisserie de Bayeux raconte la victoire

Nous l’avons croisée à Bosham, sur les bateaux et au milieu de la bataille. Il est temps de regarder cette œuvre pour elle-même.

D’abord, la Tapisserie de Bayeux est une broderie : des fils de laine travaillés sur une toile de lin. Sa longueur conservée atteint environ 68,3 mètres, souvent arrondis à 70 mètres.

Tapisserie de Bayeux - Photo Mairie de Bayeux - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Tapisserie de Bayeux - Photo Mairie de Bayeux - licence [CC BY-SA 4.0] from Wikimedia Commons

Elle aurait été réalisée dans les années 1070, probablement en Angleterre. Son commanditaire serait Odon, évêque de Bayeux et demi-frère de Guillaume. L’attribution à la reine Mathilde et à ses dames appartient à la tradition, sans fondement assuré.

Les inscriptions sont en latin. Le récit illustré accompagne le lecteur depuis le règne d’Édouard jusqu’à la défaite des Anglais à Hastings.

Vous pouvez y suivre les grands événements. Mais regardez aussi ce qui se passe autour : les vêtements, les outils, les repas, les animaux et les morts représentés dans les bordures.

Ces détails donnent une présence physique à un monde qui nous est autrement connu par des textes.

Une histoire racontée du côté des vainqueurs

L’œuvre favorise globalement les droits de Guillaume. Le serment de Harold y prend une place importante. Cela ne signifie pas que chaque scène soit facile à interpréter ni que Harold soit toujours montré sans dignité.

Sa réalisation a peut-être été liée à la consécration de la cathédrale de Bayeux en 1077. Cette hypothèse reste discutée. Un inventaire de 1476 atteste clairement sa présence dans le trésor de la cathédrale et son exposition annuelle dans la nef.

La partie conservée s’arrête à la défaite anglaise. Vous n’y trouverez ni le sacre de Noël ni l’administration du royaume. Une fin perdue a été envisagée, mais son contenu éventuel nous échappe.

Pour découvrir l’Angleterre transformée par Guillaume, il faut ouvrir un autre document.

Le Domesday Book, jusque dans les terres et les moulins

À Noël 1085, Guillaume ordonne une grande enquête. Elle est menée l’année suivante.

Qui détient les terres ? Quelle est leur valeur ? Quelles ressources peut-on en tirer ? Le Domesday Book répond à des préoccupations très concrètes de gouvernement, de fiscalité et de défense.

Extrait du Domesday Book

Extrait du Domesday Book

Des commissaires recueillent des déclarations sous serment. Les domaines sont décrits avec leurs moyens d’exploitation et leurs revenus : charrues, moulins, bois, prés, populations dépendantes.

On compare notamment la situation à la fin du règne d’Édouard le Confesseur et celle de 1086. Vingt ans séparent les deux. Le document permet de mesurer combien la propriété foncière a changé depuis Hastings.

Ce n’est pas un recensement nominatif de tous les habitants. Sa couverture n’est pas non plus absolument complète. Mais l’enquête reste d’une ampleur remarquable pour son époque.

Les National Archives évoquent quelque 13 000 localités et des informations concernant environ 270 000 personnes, libres ou non libres. Les résultats sont principalement conservés dans deux ensembles, Great Domesday et Little Domesday.

Je trouve ce passage sur les détails des domaines particulièrement parlant. Après les charges de cavalerie, les serments et les couronnes, on retrouve les terres cultivées et les revenus d’un moulin. C’est aussi là que s’exerce le pouvoir du roi.

La mort de Guillaume le Conquérant en Normandie

Guillaume quitte l’Angleterre pour la dernière fois en 1086. Il doit encore défendre ses intérêts sur le continent.

L’année suivante, pendant une campagne dans le Vexin, il tombe gravement malade après l’attaque de Mantes. Les récits divergent : certains évoquent la chaleur, d’autres une blessure provoquée par sa selle. Les détails ne permettent pas de reconstituer avec certitude ce qui s’est passé.

Il meurt le 9 septembre 1087, au prieuré Saint-Gervais, près de Rouen. Il a environ 59 ans. Son corps est transporté à Caen et inhumé dans l’église Saint-Étienne de l’abbaye aux Hommes, qu’il avait fondée.

Ses possessions sont partagées. Robert Courteheuse reçoit la Normandie. Guillaume le Roux devient roi d’Angleterre. Henri, le plus jeune de ses fils survivants, reçoit une importante somme d’argent.

Les deux rives passent à des dirigeants différents.

À Caen, le tombeau de Guillaume se trouve toujours dans le chœur de l’abbatiale. Il ne conserve toutefois qu’une petite partie de sa dépouille : un fémur, après les destructions subies par la sépulture au fil des siècles.

Le tombeau de Guillaume le Conquérant dans l'église de l'Abbaye aux Hommes de Caen en Normandie

Le tombeau de Guillaume le Conquérant dans l'église de l'Abbaye aux Hommes de Caen

L’homme a transporté une armée au-delà de la Manche, changé les détenteurs des terres anglaises et laissé son nom dans deux pays. Pour retrouver sa trace, nous disposons d’une broderie, de registres, de forteresses… et, dans une église de Caen, d’un tombeau presque vide.

À Bosham, tout avait commencé par un homme qui entrait dans une église avant de prendre le bateau. Je regarderai désormais cette scène de la Tapisserie avec une autre attention.

Où admirer la Tapisserie de Bayeux ?

Pour admirer la Tapisserie de Bayeux, il faut temporairement traverser la Manche : elle est exposée au British Museum, à Londres, du 10 septembre 2026 au 11 juillet 2027.

Ce prêt exceptionnel s’inscrit dans un échange culturel franco-britannique, à l’occasion de la fermeture du musée de Bayeux pour rénovation et agrandissement.

Des trésors du British Museum, notamment des pièces de Sutton Hoo et des figurines d'échecs de Lewis, doivent faire le voyage inverse.

La broderie, qui reste propriété de l’État français, doit retrouver Bayeux au plus tard le 1er septembre 2027, afin de permettre son contrôle et sa réinstallation avant la réouverture du musée prévue en octobre 2027.

Elle y bénéficiera d’une présentation conçue pour mieux préserver sa toile presque millénaire. Après avoir raconté pendant des siècles une traversée de la Manche, la voilà donc elle-même en voyage — avec un retour en Normandie bien prévu !

A propos de l'auteur

Pierre réside actuellement dans un charmant village du sud-est de l’Angleterre. Son organisation basée au Royaume-Uni, French Moments, promeut la France au public anglophone. Formateur de français en langue étrangère, Pierre est également un créateur de contenu prolifique. Il est auteur de livres culturels et compte plus de 1500 articles de blog à son actif. Pierre est en effet passionné par la découverte de l’Europe, du Kent à la Savoie et de Paris à la Rhénanie !

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