La première fois que je suis allé en Angleterre, je ne savais même pas qu’il y avait autant de campagne.
Londres, oui. Big Ben, Buckingham, les bus rouges… comme tout le monde.
Mais le reste ? Un grand flou vert.
Et pourtant.
Il a suffi d’un détour imprévu — une route de traverse dans le Hampshire, si je me souviens bien — pour que tout change.
Nous roulions, un peu au hasard, quand la ville a disparu derrière moi, avalée par une haie. Littéralement.
Une haie immense, touffue, avec ce genre de vert anglais qu’on n’a pas chez nous.
Derrière, des collines. Un clocher. Des moutons, bien sûr.
Et ce silence… épais, profond, presque timide.
Depuis, je n’ai jamais vraiment quitté cette impression-là.
L’idée qu’il existe une autre Angleterre.
Une Angleterre douce, vivante, terriblement ancienne et pourtant encore là, présente, pleine de détails qu’on oublie de regarder.
Une Angleterre qui ne se montre pas mais qui se laisse découvrir, lentement, à pied si possible. Ou à vélo, si on n’a pas peur des collines !
Et c’est peut-être ça qui m’a le plus surpris.
Ce n’est pas une campagne spectaculaire, pas comme les Alpes ou les Pyrénées.
Ici, tout est plus discret. Mais ce que l’on croit plat est souvent creusé de chemins creux.
Ce qui semble sauvage a été planté, bordé, taillé depuis des siècles.
Et ce que l’on prendrait pour un simple champ ?
Parfois, c’est un ancien terrain commun, partagé autrefois par tout un village. C’est dire.
Bref. Si vous ne connaissez de l’Angleterre que son métro ou les pubs de Soho, accrochez-vous.
Ce voyage-là ne ressemble à rien de ce qu’on vous a vendu.
On va parler haies, moutons, collines crayeuses, forêts millénaires !

Le tunnel d'arbres de Halnaker en Angleterre © French Moments
Une campagne anglaise dessinée par la main de l’homme
Je me souviens très bien de la première fois où j’ai compris que cette campagne anglaise, qu’on croit “naturelle”, ne l’est pas du tout.
C’était dans le Hampshire, un coin pas très loin de Winchester, si ça vous parle.
Je m’étais arrêté sur le bord d’un petit chemin — une de ces routes à une seule voie, avec l’herbe qui pousse au milieu du goudron, vous voyez ? — et j’ai levé les yeux.
Partout, des haies. Mais pas des buissons sauvages, non.
Des haies bien nettes, plantées droit, comme dessinées à la main.
Et là je me suis dit : attends… ces champs, ces haies, ces arbres isolés… ce n’est pas la nature, ça. C’est une sorte de jardin géant !

Vue sur le bocage © French Moments
Et c’est là que j’ai compris un truc essentiel.
Ce paysage, on ne l’a pas “trouvé” comme ça.
Il a été fabriqué. Modelé. Peigné, presque.
Par des générations de paysans, de fermiers, de propriétaires terriens plus ou moins bien intentionnés.
Ce qu’on prend pour un tableau champêtre, avec ses vaches ou ses moutons qui broutent paisiblement et ses cottages aux toits moussus, c’est en fait le résultat de siècles d’aménagement.
Parfois doux, parfois brutal.
Je vais trop vite, là. Il faut que je vous parle des enclosures.
Le bocage anglais
Vers la fin du XVIIIe siècle, une grande partie des terres “communes” ont été divisées, clôturées, privatisées.
Avant ça, les paysans avaient le droit d’envoyer leurs bêtes paître un peu partout.
Après… eh bien, il a fallu des barrières. Des clôtures. Des haies.
C’est à ce moment-là que l’Angleterre a pris cet aspect si particulier, ce fameux “patchwork” qu’on admire aujourd’hui sans trop savoir ce qu’il signifie.

Le bocage anglais de Burwash © French Moments
Et si vous marchez dans ces champs — ce que je vous conseille, même avec des chaussures pas totalement étanches — vous verrez parfois, à la lumière rasante du soir, apparaître sous l’herbe les traces des anciens sillons.
Des ondulations dans le sol.
C’est tout ce qui reste des systèmes médiévaux, des champs ouverts où l’on labourait avec des bœufs. Comme des fantômes dans le sol.
Et ces haies, alors ? Parlons-en.
Elles sont partout. À tel point qu’on ne les remarque même plus.

Vue sur le bocage du Kent depuis les North Downs à One Tree Hill © French Moments
Mais elles racontent une histoire.
Plantées à la va-vite parfois, à la suite d’une décision administrative, elles sont devenues des refuges pour les oiseaux, les insectes, les petits mammifères… et pour l’œil aussi.
Franchement, sans les haies, le paysage serait triste.
Trop net, trop vide.
Et il faut imaginer aussi le bruit : le vent qui s’y engouffre, le froissement des feuilles, les merles qui s’y chamaillent au petit matin.
Parfois, quand vous vous promenez au milieu de nulle part, ce sont les haies qui vous donnent le sentiment qu’il y a eu de la vie ici. Ou qu’il y en a encore.
Bon. J’ai failli oublier un détail. Si vous tombez sur une haie “posée” sur un talus, avec un fossé juste à côté, ce n’est pas un hasard.

Le bocage anglais vu du domaine de Scotney Castle © French Moments
Ce n’est pas que le terrain était compliqué à gérer. Non.
Ce fossé, c’est en fait la limite légale.
Et la haie n’est qu’un marqueur. Un mur végétal.
Les Anglais ont inventé la bureaucratie verte, en quelque sorte.
Et quand on pense à tous ces kilomètres de haies (des centaines de milliers, paraît-il), on se dit que ce pays est littéralement cousu de fils végétaux.
Le mot “paysage” prend tout son sens.
Mais attention, tout ça n’est pas figé dans le passé.
Ces haies, on les coupe, on les taille, on les arrache parfois aussi, pour faire passer les tracteurs modernes.
Et c’est là que le charme peut vite s’évaporer.
On appelle ça “la rationalisation des parcelles agricoles”. Moi j’appelle ça des cicatrices.

Le bocage des South Downs (Meon Valley) © French Moments
Enfin voilà. Si vous vous promenez dans la campagne anglaise et que vous trouvez ça “joli”, regardez mieux.
Il y a des siècles d’histoires entre chaque poteau de clôture.
Et souvent, un vieux merle qui n’en perd pas une miette.
Les Downs : collines douces et vallées oubliées
Alors les Downs… Comment vous dire ?
C’est le genre de paysage que vous pourriez traverser sans même y faire attention.
Franchement, ça m’est arrivé. Une première fois, j’étais dans le train entre Brighton et Londres, regard perdu par la fenêtre, et je me suis dit : tiens, c’est joli… sans plus.
Un peu ondulé, verdoyant, mais pas spectaculaire. Et pourtant.
Plusieurs années plus tard, j’y suis retourné.
Cette fois à pied, sac sur le dos, sur un tronçon du South Downs Way, pas très loin de Lewes.

Dans la descente de Beacon Hill © French Moments
Et là, j’ai compris. Ou plutôt, j’ai ressenti.
Ce n’est pas un paysage qui s’impose. Il vous enveloppe, doucement, comme une vieille couverture un peu rêche.
Une ligne de collines basses, arrondies, couvertes d’une herbe rase, presque duveteuse.
Et ce silence… pas un vrai silence, attention — un silence qui bruisse.
D’insectes, d’herbes, du vent qui court en rase-mottes.
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence.
L’absence d’arbres. L’absence de clôtures parfois.

Le South Downs Way à Harting Down © French Moments
Par endroits, vous avez littéralement l’impression d’être sur une mer figée, faite de vagues de craie et d’herbe.
Et pourtant, tout ça est vivant. Cultivé, ou pâturé, depuis la nuit des temps.
Mais discret. En retrait.
Comme si le paysage faisait exprès de ne pas trop se faire remarquer.
Attendez, j’ai oublié un détail capital : l’eau.
Il n’y en a pas. Enfin, pas à la surface.
Les collines sont poreuses, la craie boit tout.
Résultat, pendant des siècles, les hommes ont dû creuser des dewponds — des mares artificielles censées recueillir l’humidité de l’air pour abreuver les troupeaux.

Un 'dew pond' dans les South Downs près de Harting Down © French Moments
Oui, vous avez bien lu : ils faisaient confiance à la rosée.
Et parfois, ça marchait. Enfin… à peu près.
Et les villages ? Ils ne sont pas sur les hauteurs. Trop sec, trop venteux.
Non, ils sont nichés dans les creux, là où une source daigne jaillir, là où la pente devient plus douce.

Vue sur le village South Harting noyé dans la verdure © French Moments
Parfois, on ne les voit pas avant d’être dedans.
Un virage, un bosquet, et hop, un clocher. Un pub.
Une ruelle bordée de roses trémières.
Ça a presque l’air mis en scène. Mais non. C’est juste que les Anglais savent où poser leurs pierres.
Un jour, sur les hauteurs au-dessus d’Alfriston, je me suis arrêté pour regarder derrière moi.

Balade dans les champs de blés près d'Alfriston © French Moments
Il n’y avait rien. Ni ville, ni route, ni même de ligne électrique.
Juste la ligne molle des collines, un nuage qui traînait, et ce petit sentier blanc qui serpentait comme un fil.
J’ai eu une drôle de sensation. Comme si j’étais passé de l’autre côté.
Du côté des anciens. De ceux qui marchaient sans GPS, sans casque sur les oreilles. Juste pour avancer. Pour aller là-bas, sans trop savoir pourquoi.
Et c’est peut-être ça, la force des Downs. Rien ne vous saute aux yeux.
Mais tout vous reste dans le corps. Une lumière. Une courbe. Une odeur.
Et parfois, un malaise étrange — une envie de rester, de poser son sac, de ne plus redescendre. Je vous aurais prévenu.

Vue sur les South Downs non loin de la colline fortifiée © French Moments
Forêts anciennes : refuges de nature et de mémoire
Je ne sais pas si c’est moi, ou si c’est universel, mais il y a quelque chose dans les forêts anglaises qui me trouble.
Pas le genre de forêt dense et dramatique, façon Brocéliande sous la pluie.
Non. Ici, c’est plus diffus. Plus feutré.
Comme si les arbres savaient qu’ils n’étaient pas tout à fait seuls, même quand personne ne passe.

Mystérieuse forêt anglaise au Queen Elizabeth Country Park © French Moments
La New Forest
Ma première vraie claque forestière, je l’ai eue dans la New Forest.
Et pourtant, je n’y allais pas avec l’intention d’être impressionné.
C’était en octobre, un peu au hasard, lors d’un week-end dans le Hampshire.
On m’avait dit “vas-y, c’est joli”. Bon, soit.

Randonnées dans la New Forest © French Moments
J’imaginais une forêt comme une autre. Ce que je n’avais pas compris, c’est que cette forêt-là, elle est là depuis presque mille ans.
Mille. Pas un mot de trop.
C’est Guillaume le Conquérant qui en a fait une “forêt royale” vers 1079.
Pas pour planter des arbres, non. Pour y chasser.
Et depuis, la New Forest n’a jamais été vraiment “mise en culture” comme le reste du pays.
Résultat : elle a gardé ce côté sauvage, mais habité.

La New Forest en automne © French Moments
On y croise des poneys en liberté, des vaches aussi (oui, j’ai été surpris…), des troncs creux énormes, et ces fameuses “open glades”, les clairières typiques, qui apparaissent comme des respirations.
Et puis surtout, elle n’est pas uniforme.
Un moment, vous êtes sous un couvert dense, avec ces hêtres dont les feuilles tapissent le sol comme une moquette d’or.

L'automne dans la New Forest © French Moments
Le moment d’après, vous arrivez dans une lande rase, parsemée de bruyères, avec juste un ou deux pins tordus pour rappeler que vous êtes toujours sur terre.

La New Forest en automne © French Moments
À chaque détour, un autre monde.
La Forêt d'Ashdown
Autre ambiance, autre forêt : Ashdown Forest, dans l’East Sussex.
Alors là, on change totalement de registre.
Si vous êtes parent ou ex-enfant, vous connaissez sans le savoir : c’est la forêt de Winnie l’Ourson.

Winnie l'Ourson - Illustration d'Ernest Howard Shepard tirée de Winnie l'ourson (1926), de A.A. Milne. Domaine Public
Celle des livres originaux. Oui, vraiment.
Christopher Robin existait, et c’est ici qu’il allait jouer avec A. A. Milne, son père écrivain.
Le “Hundred Acre Wood”, c’est une vraie partie d’Ashdown.
Mais ne croyez pas que ce soit une forêt enfantine.
Elle est vaste, ouverte, avec des vues magnifiques, surtout au coucher du soleil.
On y marche sur des sentiers de sable ocre, entre bruyères, bouleaux clairsemés, et zones plus boisées.

Bruyère dans une forêt du Haut Weald © French Moments
Il y a une atmosphère difficile à décrire. Quelque chose d’inquiétant, mais pas hostile. Comme un murmure du passé.
Et là encore, ce n’est pas une “forêt sauvage”.
Elle a été façonnée par des siècles de pratiques, de pâturages, de droits d’usage.
Mais ces usages, justement, l’ont protégée.
Les grands chênes sont encore là, tordus, énormes, pleins d’oiseaux qu’on ne voit jamais.
Et parfois, une trouée dans les arbres vous donne une vue jusqu’aux South Downs. À couper le souffle.
Bref, les forêts anglaises du sud ont quelque chose de particulier.
Ce ne sont pas des monuments. Ce sont des compagnons.
Elles respirent. Elles se laissent apprivoiser, mais pas dompter.
Et surtout, elles vous rappellent doucement que le temps passe, que d’autres sont passés avant vous — certains à cheval, d’autres pieds nus — et que vous n’êtes qu’un passant de plus. Ce qui, au fond, est plutôt apaisant.

Renard dans la forêt anglaise © French Moments
Un paysage habité, poétique, et profondément anglais
Il m’est arrivé plusieurs fois de m’arrêter net, au détour d’un sentier, juste parce que je n’entendais plus rien.
Rien. Pas un moteur, pas un chien, même pas un oiseau.
Et là, dans ce silence presque gênant, il y avait un petit hameau.
Trois maisons en pierre, un clocher, et cette impression — tenace — que je dérangeais quelque chose.

Le début du printemps dans la campagne du High Weald © French Moments
Comme si le village lui-même était en train de faire la sieste, et que j’avais osé taper à la porte.
C’est ça aussi, la campagne anglaise.
Ce n’est pas un décor. C’est habité.
Mais pas bruyamment. Pas ostensiblement.
C’est une présence discrète, polie.
Un peu comme ces gens qui vous saluent d’un simple hochement de tête, sans jamais s’imposer.
Et puis il y a ces maisons. Les cottages, oui.
Mais pas ceux des cartes postales.

Charmant cottage à South Holt Farm © French Moments
Ceux qui ont des gouttières bancales, des rosiers un peu fous, une boîte à lait encore utilisée le matin.
Parfois, un rideau tire un peu sur le coin de la fenêtre.
On ne voit personne, mais on sait qu’on est regardé. Sans malveillance. Juste… par curiosité.

Forge Cottage © French Moments
J’ai le souvenir très net d’un soir d’été, dans notre village du High Weald.
J’avais terminé une longue marche sur des collines crayeuses, et je suis descendu dans la vallée.
Le soleil touchait à peine les toits. Il y avait un pub, évidemment. Avec deux tables dehors.
À l’intérieur, un homme lisait le journal, seul, avec une pinte tiède.
Et j’ai eu cette pensée bête : “C’est exactement ce que j’étais venu chercher, sans le savoir.”

Le pub The Anchor Bleu à Bosham © French Moments
On croit souvent que ce genre de lieux n’existe plus.
Ou qu’ils sont devenus des musées à ciel ouvert.
Parfois, c’est vrai. Mais pas toujours. Il reste des coins où le temps s’est juste… calmé. Où il continue, mais plus lentement.
Et il ne faut pas grand-chose pour que ça fonctionne.
Une haie bien taillée. Une vieille porte en bois. Une église plantée là depuis mille ans, que personne ne visite mais que tout le monde respecte. Une odeur d’herbe humide le matin.

Cimetière de l'église de Burwash © French Moments
Et ce moment suspendu, à la tombée du jour, où les ombres s’allongent entre les arbres et que, sans trop savoir pourquoi, on baisse un peu la voix.
Parfois, je me suis demandé si ces paysages ne sont pas aussi faits de silence.
Un silence construit, entretenu. Comme si les Anglais savaient, mieux que nous peut-être, que certaines choses n’ont pas besoin d’être dites.
Qu’un champ peut parler tout seul.
Qu’un sentier qui serpente entre deux haies en dit long sur ceux qui l’ont emprunté.
Alors non, la campagne anglaise ne vous saute pas à la gorge.
Elle ne vous séduit pas avec des grands gestes.
Elle s’approche, doucement, vous observe, et si vous restez assez longtemps, elle vous laisse entrer.
Juste un peu. Et croyez-moi, c’est largement suffisant.

Bluebells dans les bois de Burwash © French Moments
Conclusion : Et si le vrai visage de la campagne Angleterre était là ?
Je repense souvent à ces moments passés dans la campagne anglaise.
Pas forcément les plus spectaculaires, ni même les plus beaux — mais ceux qui laissent une trace, longtemps après.
Un champ sous la pluie.
Une haie pleine de ronces et de silence.
Un village qui ne figure dans aucun guide.

L'église de Burwash (East Sussex) © French Moments
Et cette lumière pâle qui flotte entre deux averses, comme si le ciel hésitait à s’ouvrir ou à se refermer.
Ce n’est pas l’Angleterre qu’on voit sur les dépliants. Et c’est tant mieux.
Ici, pas de gratte-ciels, pas de vitrines à selfies, pas de bruit qui vous agresse dès le matin.
Juste une terre patiemment travaillée, haie après haie, pierre après pierre.
Un pays qui a pris son temps, et qui vous demande d’en faire autant.
D’écouter. De marcher lentement. De ne rien attendre d’extraordinaire… et de tout recevoir, justement, parce qu’on n’attendait rien.
Alors oui, si vous cherchez l’Angleterre vraie — celle qui ne se donne pas, mais qui se laisse entrevoir — il va falloir quitter Londres.
Prendre un train un peu au hasard.
Descendre dans une gare où il n’y a même pas de distributeur. Et marcher.
Suivre les haies. Regarder les collines. S’arrêter au pub du village, même s’il n’y a qu’un seul client.
Et peut-être que là, au détour d’un sentier, quelque chose vous attrapera.
Rien de grand. Juste un détail. Une odeur. Un silence.
Et ce sera fini : la campagne anglaise vous aura eu !

Vive la campagne anglaise ! © French Moments